Category Archives: Boulevard Alfred de Musset

Triste matin

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Hier matin, le téléphone sonne : certaines phrases écrites sur le mur qui longe le boulevard Alfred de Musset déplaisent à La Mairie de Saint-Etienne, elles vont être éffacées. Des mots ” qui ne communiquent pas une image positive de Saint-Etienne”. Une heure plus tard 15 phrases sur 22 sont effacées au karcher par les services de la ville.

Ces mots, paroles recueillies sur le boulevard auprès des passants, traces de six mois d’investigation et d’expérimentation, témoignaient d’une rupture entre le centre-ville et la périphérie mais aussi de la richesse multi culturelle et générationnelle d’un quartier. Ces mots inscrits sur la longue bande jaune ouvraient le débat, incitaient au dialogue et à la découverte des deux côtés du boulevard, constituant ainsi une réponse aux problématiques soulevées.
Mais pas le temps pour La Ville de se demander ce que signifiaient ces mots. Lettre après lettre les paroles disparaissent, seule la bande jaune et quelques mots jugés valides résistent.
En fin de journée nous décidons d’inscrire des bulles noires, paroles absentes, sur les vides laissés par le karcher.

Triste matin pour la place du débat citoyen dans les politiques publiques. Triste matin pour la liberté d’expression dans l’espace public. Triste matin pour la prise en compte de la parole habitante dans les projets d’aménagement urbain. Triste matin pour le statut de l’art dans la ville. Triste matin pour les passants, automobilistes, cyclistes, qui ont participé à la construction de ce projet. Triste matin pour la démarche EmpathiCITY. Triste matin pour nous,  artistes, designers, architectes qui tentent de ramener de l’humain dans les villes d’aujourd’hui.

Note : texte révisé le 21 Mars après vérification des faits.

IMG_2618 IMG_2625 IMG_2619Ci après les phrases censurées :

” De l’autre côté c’est un quartier résidentiel où il y beaucoup d’anciens Manuchards. On travaillait ensemble à l’usine et aujourd’hui on se retrouve voisins de pallier.”

” Je passe le pont tous les matins pour aller à l’école d’architecture, je le repasse le soir. Passé le boulevard on se sent loin de tout.”

“Nous on fait du sport souvent, et pour aller au gymnase, on passe juste à côté de l’école c’est notre passage secret.”

“Dans ce quartier il y a beaucoup de retraités, la vie c’est de l’autre côté.”

” Je ne longe jamais le mur, je m’infiltre vers le centre-vile directement par la rue Buisson, c’est plus agréable.”

” Pour acheter mes légumes je vais jusqu’à la place Albert Thomas, c’est des petits producteurs locaux, je préfère. Et puis je ne me sens pas à l’aise au marché Jacquard.”

“Sur le boulevard il y a beaucoup d’automobilistes qui passent mais qui ne rentrent pas dans le centre-ville car c’est un vrai labyrinthe. Moi – même je fais tout pour ne pas faire d’interminables détours dans le quartier.”

“Vu du train, ce mur est interminable et monotone, il ne donne pas envie de s’arrêter.”

” J’habite à Saint-Genest et le centre-ville je n’y viens plus pour me promener, seulement quand j’y suis obligée. Ça a changé, je ne m’y sens plus chez moi.Avant c’était convivial, un peu comme à la campagne, aujourd’hui c’est devenu froid, sec, anonyme.”

” Avant ici c’était un coupe-gorge, aujourd’hui c’est plus ouvert, c’est vraiment la porte du centre-ville.”

“Sur la grande rue, j’y vais uniquement quand j’ai des sous à dépenser !”

“Le boulevard c’est comme un rempart, d’un côté et de l’autre on ne vit pas de la même façon. Du côté Montaud c’est plus calme, tranquille.”

“Moi je vais toujours faire mes courses au centre-ville, acheter mon pain, croiser du monde.”

” En haut il n’y a plus rien pour faire ses courses de tous les jours, alors je descends chaque matin et je vais Place Jacquard.”

“Passer ici avec ses enfants et des poussettes c’est trop dangereux avec toute la circulation. J’habite juste de l’autre côté de la voie ferrée mais je n’ai pas mis mes enfants à l’école Jacquard pour qu’ils n’aient pas à traverser ce boulevard.”

“Avec mon fils on passe devant ce mur tous les jours pour aller à l’école et c’est un peu triste. Les enfants ils courent, ils jouent, ils auraient besoin d’un parcours plus joyeux.”

A DEUX PAS D’ICI

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D’où venez-vous? Où allez-vous? Qu’y a-t-il au bout de la rue? Connaissez-vous la place d’à côté ? Un coup de klaxon pour oui, deux coups pour non. Des paroles, des mots écrits sur une carte, des dessins sur un bout de papier distribué au cours du trajet Carnot-Le Clapier. Autant d’histoires que de parcours, que de possibilités
Depuis le boulevard urbain le centre ville est peu visible, depuis le train, la ville paraît proche et insaisissable en même temps. Les piétons sont nombreux à traverser ou longer l’infrastructure… Les voitures stoppent et repartent, regard braqué sur la route… Comment inviter les passants à sortir de leurs trajectoires ? Comment rendre plus agréables les déplacements piéton et vélo ? Comment penser la cohabitation entre ces usages, rétablir un lien entre les quartiers déconnectés exclus, écartés du centre par ces limites fortes que constituent les infrastructures de transport ?

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Merci
au Patronage Saint Joseph, Frère Michel pour son attention et son enthousiasme, Catherine Cassoux de la SNCF pour ses bonnes idées, Sandrine de l’entreprise DIXSIGN pour sa confiance, Yai pour son sourire et sa voix qui porte, les méchants pour leur participation au marathon le plus lent de l’histoire, Florian de l’entreprise BEAL pour sa patience, Aurore, Zhang et Coralie, les MEPiens et les stagiaires de Carton plein pour les nombreux coups de mains et enfin toutes les personnes rencontrées à pied, à vélo, en train , en voiture, à moto ou en camion.

LANGUAGE – KLAXONS

HORN LANGUAGETuesday at noon, with signs and smiles we try to communicate with cars at the traffic light. One sign, one question, one horn sound, one answer.

HORN LANGUAGE
Tuesday at noon, with signs and smiles we try to communicate with cars at the traffic light. One sign, one question, one horn sound, one answer.

Mardi à la pause déjeuner, nous nous postons au feu rouge et tentons de prendre contact avec les automobilistes. À l’aide de panneaux, de signes de la main et de sourires nous questionnons les usagers motorisés sur leur rapport au mur, leur lien avec le centre-ville tout en initiant des intéractions entre eux.

Si tu t’ennuies au feu rouge klaxonne une fois – Si tu te sens loin du centre-ville klaxonne une fois – Si tue passes ici tous les jours klaxonne une fois – Pour dire bonjour à ton voisin klaxonne une fois – Si tu veux que le mur change klaxonne une fois – Si tu sais où mène cette rue klaxonne une fois –

Certains craignent d’appuyer sur le champignon, d’autres se tiennent prêts à klaxonner à la prochaine question, la main tendue sur le volant. En quelques minutes le boulevard prend des allures de jeu télévisé! Camions, voitures, bus, motos, tous jouent le jeu!

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